Les apprenants de la classe d’alphabétisation

Les profs de FLE sont rarement préparés à rencontrer des personnes analphabètes ou illettrées, et pourtant nous sommes nombreux à être ou à avoir été propulsés dans une classe d’alphabétisation dans une association ou un centre social.

À noter que l’arrivée des apprenants du Golfe, comme les Émiriens ou les Saoudiens dans les instituts linguistiques privés en France, nous met également face à des situations proches de l’alphabétisation au sens où l’alphabet, les associations de lettres sont méconnues et où les apprenants rencontrent parfois des problèmes de spatialisation.

Qui sont les apprenants de la classe d’alphabétisation ?

Tout comme dans la classe de FLE, il y a des apprenants jeunes, moins jeunes, des femmes, des hommes, des apprenants captifs, non-captifs, peu motivés, très motivés.

Mais à la différence de la classe de FLE, il y a des Français et des étrangers.

Profil 1

Les Français qui ont été scolarisés, mais qui ont rencontré des difficultés d’apprentissage de l’écrit (lecture – écriture ) ou qui après un accident doivent réapprendre les savoirs de base (lecture – écriture – calcul).

Il s’agit alors d’illettrisme.

Ces personnes peuvent suivre une formation pour plusieurs raisons :

  • leur enfant rentre en CP et commence à apprendre à lire, écrire et compter. Ils ont alors un déclic et décident eux aussi d’entrer dans l’écrit ;
  • ils rencontrent des difficultés au travail ou dans leur vie quotidienne qui les poussent à suivre cette formation;
  • leur employeur les oblige à suivre cette formation;
  • les jeunes peuvent être envoyés par la Mission locale dans le cadre du dispositif ETAPS (Espace Territorial d’Accès aux Premiers Savoirs). Ces jeunes se sentent souvent mal à l’aise au milieu des adultes.

La motivation de chaque apprenant à l’entrée de la formation est donc plus ou moins forte.

Profil 2

Les personnes étrangères qui vivent en France depuis plusieurs années, parfois plus de 30 ans.

Elles ont été totalement, peu ou pas du tout scolarisées dans leur pays.

Parlant très bien français pour la plupart, elles s’inscrivent à cette formation volontairement ou bien sur demande de leur employeur et de ce fait leur style d’apprentissage se rapproche de celui des Français (profil 1).

Profil 3

Les personnes étrangères qui viennent d’arriver en France, envoyées par l’OFII, et qui valideront leur formation par la passation du DILF.

Certaines ont été scolarisées dans leur pays, mais la majorité des personnes que j’ai rencontrées n’avaient jamais été scolarisées et pour certaines n’avaient jamais tenu de stylo.

Pour la plupart des apprenants, ces formations représentent une seconde chance d’ « aller à l’école », ils sont donc très motivés.

Cependant, ne parlant pas ou peu le français, leur apprentissage est parfois plus long.

Pour toutes ces différences, leurs objectifs individuels sont parfois très éloignés :

    • savoir tenir et utiliser un stylo pour écrire son nom;
    • savoir se débrouiller avec les écrits du quotidien;
    • savoir lire les pictogrammes des produits ménagers;
    • savoir faire l’appoint pour acheter sa baguette;
    • etc.

 

Néanmoins, un point commun très fort les rassemble : apprendre les savoirs de base – l’écriture, la lecture, le calcul.

Pour l’enseignant, il peut être difficile de gérer toutes ces hétérogénéités et les tensions qu’elles peuvent générer.

Les apprenants des profils 1 et 2 peuvent ne pas comprendre pourquoi ils sont dans le même groupe que des personnes qui ne parlent ni ne comprennent le français. Ils n’ont pas tort, mais malheureusement, tous les critères ne sont pas ou ne peuvent pas être pris en compte et il y a souvent une seule classe d’alphabétisation.

Alors pour ne pas se décourager et pour ne pas démotiver les apprenants, il faut mettre en avant ces différences dans les moments de groupe où certains deviennent tuteurs ou traducteurs et savoir reconnaître ces différences avec précision pour proposer des parcours individuels ou semi-individuels.

Le groupe classe est aussi important que l’individu pour l’apprentissage.

Évidemment, il ne faut pas réduire les apprenants de la classe d’alphabétisation à ces trois profils qui ne sont qu’une présentation simplifiée pour les professeurs qui vont rencontrer ce cours pour la première fois.

Car en fonction de leur nationalité, de leur langue maternelle, de leur parcours de vie, de guerre, de leurs connaissances des langues le processus d’apprentissage sera très différent.

 

Agir en Français – Enseigner et Apprendre le français langue étrangère

N'hésitez pas à laisser un commentaire, ajouter une idée, poser une question ! Réponse garantie !